Mon dos commence à me faire mal. Je passe mon temps à courir dans tous les sens pour améliorer mon quotidien. Je trouve quelques satisfactions en discutant avec des gens plus âgés que moi. Je suis heureux et triste de voir à quel point j'ai raison, lorsque j'observe comment les choses vont mal, à quelle vitesse le monde autour de moi se dé-responsabilise et qu'ensuite, une fois confrontés à des problèmes qui les dépassent, ils donnent soit l'impression de ne pas comprendre l'origine de leur détresse ou peut-être bien qu'ils ne le voient vraiment pas.
Huck aurait accepté ce soir d'aller faire un billard avec ses "potes" de promos. Je me demande si je ne deviens pas misanthrope avec l'âge.
La misère ramène les gens dans les églises et font oublier les dictons à la con "travailler plus pour gagner plus". Je n'ai jamais compris les imbéciles qui prônaient la valeur du travail. Qu'est ce que vous avez dans le crâne à vouloir travailler. Moi ce qui me motive entre autres de bosser, c'est l'idée de me dire que d'ici peu je déléguerai les tâches ingrates à un(e) imbécile qui me répondra "travailler plus pour gagner plus". J'ai beau jeu de dire ça aujourd'hui, moi qui suit célibataire et qui n'a pas encore d'enfant à élever. L'une de mes craintes les plus importantes concernant mes gosses, c'est qu'ils cèdent sous la pression publicitaire, sociétale. Qu'ils cèdent sous cet amoncellement de médiocrité, soutenu par des gens qui veulent être comme tout le monde et qui ne pense qu'à répéter ce qu'ils ont entendu dehors ou fait l'année dernière. Je pense que le temps n'a pas la même valeur pour tout le monde. Les gens pensent que leur vie doit être comme un film c'est-à-dire que leur existence doit être compressée par une succession de péripéties qui doivent se rapprocher toujours plus chaque jour pour donner l'illusion de contrôler leur vie et parfois même de vivre. Très souvent ce qu'il se passe c'est que ces personnes là se laisse dépasser par ce qui leur arrive et entre en totale contradiction avec leur intentions initiales qui étaient de vivre un maximum de chose comme dans une série B. Ils n'apprécient plus ce qu'ils ont, car ils ne se donnent plus le temps de l'apprécier.
Un mec doit distraire sa femme à chaque instant sinon il s'expose à ses (pénibles) discussions concernant ses états d'âmes. J'ai tellement peur que mes gosses aient ce genre de caprices d'enfant pourris qui ne savent plus faire la différence entre ce qui doit être fait et leur désir passager. Une femme veut tout, tout de suite, servie sur un plateau. Quand je prend le train, il m'arrive d'envier ceux qui vivent avec leur épouse, avec qui ils partagent leur galère : avoir comme diner une bouteille de coca et une grappe de raisin, partager son pain, partager le même matelas dur et étroit, acheter les médicaments à la pharmacie lorsque l'autre est touché par une foudroyante chiasse, tenir la tête de son épouse/époux quand elle/il vomit (l'un des gestes que je trouve le plus affectueux), gérer un budget, parler de choses qui n'existent pas encore, réveiller l'autre quand c'est nécessaire, la couvrir quand elle s'endort affalé sur le lit devant la lucarne électrique, diner et se coucher sans se dire un mot, reporter des frais, abandonner des rêves de jeunesses, se sacrifier pour quelque chose qui nous dépasse.
Tout cela je l'ai vécu soit à chaque fois avec quelqu'un de différent, soit tout seul. Je regrette quelque part de ne pas avoir pu rencontrer à 25 ans cette femme que beaucoup de mec ont oublié, prête à épouser la misère la plus coriace et la plus désespérante qui soit, juste pour rester construire une famille avec l'homme qu'elle a choisi. Cette femme n'existe pas malheureusement. Et je reconnais volontiers qu'en dehors de l'aspect technologique, notre époque me dégoute. Je me dis que les instits auraient dû nous cogner fort pour empêcher la médiocrité dans laquelle on se trouve.
La seule chose qui me protège en ce moment, ce sont les prières de ma mère. Ce sont elles qui m'ont permit d'être en bonne santé à 25 ans et en être là où j'en suis. Ces prières qui m'ont éloigné des gens inutiles, stériles, futiles, abjectes, suffisants sans avoir ni les bagages ni même l'envergure pour jouer ce jeu.
Qu'ai-je donc fait pour me rendre compte à quel point ce monde est dégueulasse ? Et je ne suis pas Huck quand je dis ça (je ne pense pas aux massacres quotidiens) je parle de la médiocrité "civilisée".
Je n'oublierai jamais cette conne qui m'a montré une photo d'une femme (il me semble sa tante) avec un enfant de 4 ans au plus, avec une cigarette sur son petit bec. Je n'oublierai jamais les propos de cette pute qui m'a dit : "Les laver [les gosses], les nourrir, les coucher qu'est-ce que tu veux de plus ?" Je n'oublierai jamais cette pute qui a accroché sur sa chambre un poster du Che devant lequel chaque matin elle se brossait les dents pour finir ses études de finances. Je n'oublierai jamais ce fils de pute qui me comptait ses sous lorsque je me mettais à découvert pour partager ma bouffe. Je n'oublierai jamais ce fils de pute qui prend de mes nouvelles lorsqu'il a besoin de moi, et me parler de ces problèmes.
Je n'oublierai jamais ceux et celles qui m'ont pris en dérision lorsque j'avais encore du bon sur ce qui couvre mon cœur. Je suis devenu quelqu'un qui se couche aigri et qui se réveille haineux. Je me lève pour assommer mes objectifs un par un. Qui peut comprendre ce que je suis devenu en l'espace d'une demi décennie, qui peut croire que je peux supporter quelqu'un ? Même moi j'ai des doutes.
Les rues sont devenues un miroir : la crasse des gens s'y reflète. Les hommes n'ont plus d'honneurs, les femmes ne savent plus ce qu'elles sont.
Prenez donc de ces antidépresseurs dont vous raffolez tant et souriez ! Prenez donc de ces somnifères ! Faites semblant une journée entière, et le soir vous entendrait le long râle de votre propre âme...
|