Encore une de ces nuits au bout
desquelles une profonde détresse me réanime. Encore une de ses
nuits où l'insondable mécanique de mes pensées transcende ma
volonté, au point de devenir à la fois l'esclave et le spectateur
d'une de mes peurs les plus profondes.
Est-ce que c'est Dieu qui endurcit
sporadiquement mon cœur, en le soumettant à ces épreuves
inhumaines. Je paie le prix du privilège d'avoir un père qui aurait
pu être aussi mon grand-père.
Les premières nuits où cette tragédie
se produisait me coupaient le souffle et alourdissaient mon cœur. Je
me sentais mal à l'aise à mon réveil, au lieu d'être rassurée:
ma peur contaminaient mes pensées conscientes cette fois. Le constat
est à chaque fois le même je serai amené à vivre la mort de celui
qui m'a donné son nom.
Ce supplice me permettra peut-être
d'accepter l'inacceptable.
Ces nuits de cauchemar se rapprochent
de plus en plus. Ces pensées s'immiscent même dans ces songes qui
commençaient pourtant bien me rappelant ainsi l'imprévisibilité de
la vie d'où elle tire parfois toute sa cruauté.
Hier soir, je me suis encore réveillé
après avoir rêvé du dernier jour de mon père. Encore une fois,
les choses se passent différemment. Cette fois en me réveillant,
j'étais intrigué. Non par ce que j'ai rêvé, mais par le fait que
j'étais mon abîmé qu'à l'accoutumée.
Les premières nuits où ces cauchemars
ont commencé remontent il y a de cela cinq ou six ans. Je n'avais
jamais ressenti une tristesse aussi profonde, aussi déchirante,
aussi poignante. Comme si on m'avait spolié mon propre corps et que
cette évidente injustice irradiait tout ce en quoi je crois.
Il y a des jours où je me dis si
quelqu'un avait le pouvoir de m'enlever des années de ma vie et les
donner à mon père, je serai près à lui en donner autant que
nécessaire.
Tout ce que j'entreprends dans ma vie
actuellement, je le fais en son nom. J'utilise des outils, des
choses, des gens qui n'ont rien en commun avec ce qu'il est et ce
qu'il représente pour moi. Mais tout cela, c'est pour son nom, la
seule chose qui me restera après sa mort.
En attendant ces cauchemars de plus en
plus récurrents et me font craindre un peu plus chaque jour,
l'imminence de cet héritage tragique qu'est la mort... |