Cinq
queues pour sauver une chatte. Imagine, tu rentres chez toi et tu te
retrouves à la même table que cette déboitée du cul devant ta
mère ? Et tu me demandes de faire le laïc?
Une
meuf s'est fait défigurée. Tu t'rappelles ? Un collectif de
femelles se forment. Quinze jours après on les invite à sucer des
flûtes dans leurs galas.
Et
la défigurée qu'est-ce-qu'elle devient ? Rien. Ça s'trouve elle
est dead depuis six mois sa mère !
Mais
j'pense pas. Si c'était le cas, le collectif aurait défilé et
elles auraient sucé toutes les caves de Paris.
J'ai
souvent vu plus d'humanité dans les yeux d'une pute que dans la
majorité des meufs qui se croient dares, propres sur elles, et tout
le bordel. Elles passent leur temps à jacter, à se faire des
feuilletons sur des filles qui ont fait des trucs qu'elles n'oseront
jamais faire, et dès que l'occasion se présente, les incendient en
leur absence ; histoire de gratter un peu de ce frisson que leur
chatte ne connaîtra jamais.
Tu
vas me dire, « Si c'est ça, laisse ta soeur devenir une
pute ». Et moi j'te dirai « baise ta mère, y a pas de
logique ici ».
Aujourd'hui
pour se serrer une meuf c'est pire que tigre. Tu dois avoir une
équipe avec un réseau sa mère !
Au
début, c'était avec internet. C'était tout nouveau, les gens y
disaient : « Ouais mec, je me suis connecté depuis deux
semaines. J'ai négocié la meuf pendant tout ce temps, et hier je
lui ai craqué la chneukse ».
Tout
le monde baisait tout le monde. On était comme des hippies : on
pensait qu'aux meufs, on était tout le temps sur répondeur, et on
essuyait nos baskets avant de sortir. Comme des tox',on claquait la
tune qu'on amassait péniblement en faisant comme si c'était un truc
chelou qu'on avait de naissance genre handicap.
Quand
les gens ont commencé à s'habituer et les mal baisées ont innondé
les forums de chat, c'est devenu tigre. Parfois t'avais trois meufs,
pour quarante-quatre mecs. Des « j'suis là pour discuter »
te racontent leur vie et leur
problèmes avec leurs ex et les mecs se sont transformés en
« oui, oui bonne nuit » psychiquempent dépendant
aux sites de culs.
Quand
je vois ça, je me dis « Merde, les meufs sont plus nombreuses
dans ce bled et elles arrivent à te faire croire le contraire ».
Si après ça y a toujours des connards pour me dire que les meufs
sont comme les mecs... C'est qu'il fréquente trop Madame Cinq.
Quand
un mec attrape une biatch, il fait tourner son numéro. Ensuite
chacun prend sa part : elle baise tel pote pendant quelques semaines,
puis le mec se demmerde pour qu'elle rencontre un autre du réseau
(genre une sortie à trois au ciné), puis il la drague par sms le
soir quand ils se séparent en lui faisant comprendre que le premier
n'est pas au courant.
La
pute se sent désirée, elle baisse les yeux et baise les deux en
croyant baiser le premier ! En fait, tout le monde baise tout le
monde dans l'histoire !
Maintenant
que l'on sortait du quartier, on se trouvait sur ce tapis bitume
désert que la BM dévorait nerveusement. Je ne pouvais m'empêcher
de penser à cette couleur orangeâtre qui caractérisait Las Vegas.
Ces éclaboussures étaient nos briques rouges. Ces briques qui
maintiennent ces vieux immeubles du Bronx, comme s'ils étaient
construits en une seule et même nuit. Cette chaleur esthétisante
prédisposait ces rues à acceuillir la crasse, la misère et le
désespoir le plus complaisant.
Comme dans le New York des années soixante-dix, où des Noirs marchaient la
cigarette au coin des lèvres la chemise à moitié rentrée dans le
panthalon, une main dans la poche gauche et Motown entre les
oreilles.
Cette
nuit est pleine de lâches promesses, autant de cautions pour notre
orgueil affamé qui s'est trop longtemps contenté de clips, et de
films qui se finissent mal. Prêt à casser ce qu'il me manque -
quitte à ne plus devenir le même - j'asseoie ce soir ma nouvelle
identité en attendant d'avoir des scrupules.
La
buée gagne le pare-brise maintenant. Je regarde la fenêtre pendant
que la translation se poursuit.
« Tiens
mec, teste celui-là... »
Je
prend le joint et j'inspire profondément. Les cendres se forment
depuis cet enfer écarlate. La mort au bout du bec poilu d'Alhassane
fait maintenant signe à mes narines et une odeur de plastique pourri
envahit l'habitacle.
Le
sommeil me gagne.
Fin
du Premier Chapitre
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